A Personal view from France
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Mes Critiques de disques Baroques
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville
Note : 16/20 Enregistrement :A
William Boyce (1711 - 1779)
Non, l’Angleterre ne fut pas ce désert musical que l’on croit entre la disparition du Caro sassone Händel et l’émergence de Britten, Elgar et autres Walton. Boyce est loin d’être un compositeur négligeable, tant sa musique réussit à combiner les diverses influences subies et assume l’héritage des grands qui l’on précédé tout en s’attachant à l’essence même de ce qui rend la musique anglaise si particulière : un mélange subtil de grandeur, de maintien, et d’humour pince sans rire.
1) The Secular Masque
Comme son nom l’indique, il s’agit là d’un « mask » dans la plus pur tradition britannique, avec quant même une très nette influence des opéras et autres oratorios du maestro Händel. L’influence se fait sentir dès l’entrée du premier personnage, tout en « rudesse », et ne fait que se confirmer par la suite : les airs sont virtuoses, entraînant, ou songeurs, l’écriture est bondissante, et fait nettement penser aux pastorales händéliennes, notamment L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato, dont un air en est calqué. L’intervention des choeurs est nombreuses, et suivent directement les airs (à l’instar de l’ouvrage suscité). Ajouter à cela le déploiement d’une riche palette sonore, avec un sens certain du décorum, et vous aurez trouvé l’héritier de la tradition händélienne. Si l’on vous dit en plus que le ténor créateur de l’ouvrage, et à qui échoit la majorité des pages, fut John Beard, le favori de Händel, vous aurez tout compris !
i) Graham Lea-Cox J. Howarth (s) K. Kulhmann (ms)
C. Daniels (t) T. Robinson (t)
S. Varcoe (b) D. Thomas (b)
Choir of New College Oxford
The Hanover Band
Lorsque l’on nous offre une telle rareté dans une telle interprétation on ne peut que croire en un Dieu salvateur, près à nous sauver des trop courantes rééditions inutiles et stériles auxquelles l’on doit trop souvent faire face. Merci à Lea-Cox pour ce cadeau divin !
Le Hanover Band sonne mielleusement, et fait étalage d’une belle palette sonore, avec des cuivres corsés, une percussion incisive, des cordes un peu rêches mais si bien amenées ; un vrai délice. Ajouté un choeur tonitruant, la phalange exclusivement masculine (et pubère) du New College (débarrassé pour l’occasion des trebles), tonnant à souhait, d’une justesse absolue, et d’un engagement que l’on ne lui connaissait pas si fervent. Un régal de plus !
La baguette du chef est dynamique juste ce qu’il faut, sans empressement, il mène tout son beau monde, et quel beau linge !
Si l’on excepte le ténor toujours aussi étriqué de Charles Daniels, qui au demeurant ne se fait guère entendre, tous les autres sont exemplaires. La soprano Judith Howarth s’empêtre quelque peu dans ses vocalises, mais son abattage nous le fait aisément oublier, et la voix est des plus belles. La mezzo Kathleen Kuhlmann nous fait une splendide démonstration de beau chant dans son unique, et si touchant, air, rarement on l’a entendue si en voix.
Les deux « bêtes » restent quant même la basse David Thomas, aboyant comme jamais (pour ne pas dire « beuglant ») avec un à propos exemplaire ; et le ténor Timothy Robinson splendide de tenue, même si la voix est un peu verte de ci de là. Magnifique !
Un excellent disque d’une œuvre qui gagne immédiatement à être connue.
Note : 19/20 Enregistrement : A
2) Ode For St Cecilia’s Day
C’est une grande tradition que l’ode à la fête de St Cécile, patronne des musiciens, et essentiellement une tradition anglaise. On se souvient des ouvrages de Purcell et de Händel, pour ne citer que les plus connus, on connaît moins celui-ci de Boyce. A la différence des deux autres, il n’est pas fait ici « citation » des différents attributs de la patronne : i.e. les divers instruments de musique. Il s’agit plutôt d’une allégorie où St Cécile prends la première place. L’ouvrage néanmoins emprunte diverses influences aux deux compositeurs sus cités, essentiellement au caro sassone. Peut être le fait que l’œuvre fut créée à Dublin avec l’équipe même qui créa le Messie ? Pourtant l’œuvre sait se détacher de ces influences pour acquérir une vie propre, laissant apparaître tout le talent de coloriste de Boyce.
i) Graham Lea-Cox Patrick Burrowes (treble) William Purefoy (ct)
Andrew Watts (ct) R. Edgar-Wilson (t)
Michael George (b)
Choir of New College Oxford
The Hanover Band
Graham Lea-Cox est à remercier du fond du cœur, sans lui les ouvrages de Boyce seraient sans doute encore entrain de croupir au fin fond d’une bibliothèque poussiéreuse. Comme pour le précédent Secular Masque, Lea-Cox a réunit autour de lui une équipe des plus méritoires et des plus engagées.
Le Hanover Band possède toujours les mêmes qualités, de même que le choeur du New College, au grand complet, avec des « trebles » un peu limités mais tout à fait honnêtes. De ce côté-ci, aucune réserve donc. Il faut maintenant regarder chez les solistes, tous masculins.
Si leur engagement et leur ferveur à défendre cette partition est évidente, tous ne possèdent malheureusement pas les mêmes moyens pour mener à bien leur bataille. Commençons par le « pire », pour une fois. Il s’agit d’Andrew Watts, contre-ténor au timbre assez ingrat et à la voix fort rêche, qui en dépit de l’entrain qu’il met dans ses interventions ne réussit pas à nous convaincre. L’autre contre-ténor, William Purefoy, s’en sort beaucoup mieux avec une voix aux sonorités plus mielleuses. Richard Edgar-Wilson est un ténor des plus honnêtes, mais, reconnaissons-le, sans aucune personnalité, et somme toute assez quelconque (à la différence de sa belle prestation dans l’Artaxerses de Arne), chantant bien (c’est tout ce qu’on lui demande diriez-vous) mais n’allant pas plus loin. Les deux bonnes surprises viennent des deux chanteurs restant. Tout d’abord le soprano enfant Patrick Burrowes, choriste de St Paul, qui ne possède rien de ce qui a l’habitude de nous crisper chez les trebles, la voix est belle, justement placée, avec de belles couleurs et nuances, et une vocalise agréable. L’aigu n’est pas toujours très haut perché, mais que faire, nous avons là un petit bijou pour un treble ... Ensuite la basse Michael George, qui ne cesse de s’améliorer, comme le laissait suggérer sa dernière prestation dans « Alexander Balus ». La voix sait se faire plus légère, avec de longue tenue, et des vocalises très hautes perchées, négociées tout en délicatesse.
Un très beau disque d’une œuvre jusqu’alors tombée dans les limbes de l’oubli, desservit par une fine équipe, à défaut d’être exceptionnelle.
Note : 16/20 Enregistrement : A